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Sassou, le parfait inaptocrate

politique
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Le Congo-Brazzaville, une république bananière bien connue où une caste s’est installée au sommet de l’Etat. Cette caste s’est approprié le pays avec la complicité d’une prétendue opposition elle-même issue de cette même caste. Elle ne connait ni la misère du peuple, ni la souffrance des retraités, ni la détresse de la jeunesse, tout comme l’étouffement de nos talents et ignore le désœuvrement des artistes ainsi que le sacrifice de nos mamans. Cependant, elle exerce une curieuse promptitude face à la médiocrité qu’elle plébiscite et à l’impunité qu’elle sacralise en son sein.

Mise en place au Congo-Brazzaville par le régime Sassou encore en vigueur, l’inaptocratie est un « système de gouvernement où les moins capables de gouverner sont élus par les moins capables de produire et où les autres membres de la société les moins aptes à subvenir à eux-mêmes ou à réussir, sont récompensés par des biens et des services qui ont été payés par la confiscation de la richesse et du travail d'un nombre de producteurs en diminution continuelle ».

2021 c’est l’année de la mise en scène médiatique par l’inaptocratie de Brazzaville marquant son indécrottable volonté à ne point quitter le pouvoir. Acquis violemment au prix du sang de nombreux innocents, le pouvoir de Brazzaville s’est toujours comporté en pays conquis. Sous la dénomination trompeuse d’« élections présidentielles », Sassou exhibe son folklore en agitant quelques écumes de liberté factice afin de bien refermer les renégats.

A un mois de cette échéance dictatoriale, un épais brouillard plane sur la participation des partis autorisés dans ce pays à ces pseudos scrutins. Les partis les plus en vue renoncent à y aller les uns après les autres, les dés étant pipés d’avance. Mais ils ont surtout passé cinq ans à hurler sur la fraude, il est vrai, de Sassou lors de son dernier cinoche en 2016 au sujet des 8% qu’avait obtenu ce dernier.

Il convient de remarquer aussi que même Mr Bowao qui faisait le comptage des voix pour le compte de l’opposition n’a jamais, à ce jour, lui non plus, publié ses résultats. C’est ce rapport à la vérité ou plus exactement cette culture généralisée de manque de bilan (pouvoir comme opposition) qui incite la population à ne pas véritablement porter ces politiciens issus des rangs du parti congolais du travail.

Oubliant de regarder devant et de se coaliser véritablement afin de se doter d’une réelle force de frappe politique, sachant que la situation est aussi militaire et que les généraux dissidents dont Mokoko croupissent en prison, ces partis dits d’opposition montent dans les gradins pour pouvoir hurler à tue-tête à de l’aventure auprès de ceux qui se risqueront de participer au jeu des pseudo-présidentielles version 2021. Au fond, tous, quelles que soient leurs postures, auront fait, malgré tout, le jeu de Sassou.

Pour y aller, il faut s’y être sérieusement préparer. Quel a été donc le bilan de la stratégie de « coller la petite » ?

Les non-initiés qui y voient, par naïveté ou par appât du gain, les bourgeons d’une démocratie naissante vont-ils finir par comprendre, eux-aussi, qu’il s’agit, en réalité, d’un rite dictatorial rampant calqué sur les biais du modèle démocratique puis agir en conséquence ? Savent-ils que le renversement d’un tel pouvoir exige une inversion de rapport de force et non la danse du ventre accompagnée des sourates de lamentations ?

Vieux en diable et corrompu jusqu’à la moelle, le pouvoir de Brazzaville, a fait son dédaigneux show en étalant sa puissance nord-coréenne à Dolisie. De fait, cette machine qui broie de l’humain, adresse, par ce spectacle à Dolisie, un avertissement aux congolais qui seraient tentés de nourrir des velléités de renversement du régime.

En effet, pendant que l’on rêve à la fin de cette dictature, des centaines des congolais ont été acheminés dans cette localité située dans le midi du Congo à quelques cent cinquante kilomètres de Pointe-Noire, pour acclamer Sassou. Selon eux, ce dernier serait une divinité incarnée conférant au Congo une chance d’atteindre l’absolue plénitude. Chiche.

Satané « Empereur » : en près d’un demi-siècle de règne, il a transformé son pays en un vaste territoire insalubre et exsangue ; un enfer pour certains, une prison pour d’autres.

Les habitants de Louboumo (l’autre nom de Dolisie), submergés par ce déferlement pourtant proscrit, en cette période coronarienne, ont vite compris la mascarade orchestrée par les tenants du régime.

Avec quelques billets des francs CFA soustraits indélicatement au trésor public, comme à l’accoutumée, et une distribution des tee-shirts vantant les prouesses du guide en guise de propagande, les faucons du pouvoir transforment des bus entiers en des supporters de circonstance. Peu importe, que ces derniers y croient ou non, l’essentiel demeure dans l’asservissement et la soumission au désir du chef suprême (de se voir acclamer).

Cet ancien seigneur de guerre devenu chef suprême du régime ethnocentrique congolais veut impressionner, intimider et montrer à la face du monde qu’il tient toujours la barre et que son appétit du pouvoir, après plus de trente-cinq ans d’exercice sans partage, demeure féroce. Dans l’arrière-boutique tribale où s’est toujours tramée cette frénésie insatiable, les marabouts et les faucons du régime sont déterminés, une fois de plus, à étouffer la volonté populaire en imposant Sassou.

Ce fossile de l’inaptocratie congolaise, peu soucieux du bien-être des congolais, sait que ceux-ci aspirent à la liberté et veulent l’expédier à la déchèterie. Il sait également que son bilan est calamiteux et qu’il a ruiné son pays le conduisant à la banqueroute. Il se sait aussi être au centre de nombreux énigmes et crimes imprescriptibles et surtout que le pouvoir le protège. Alors, autant y rester autant que possible en usant surtout de la puissance de l’épée comme il y avait accédé.

L’éventualité de la candidature de son fils Kiki s’étant évanouie dans les nombreux scandales financiers de ce dernier, l’homme est déterminé à se garantir une impunité par son maintien indéfiniment au pouvoir. Alors, Sassou utilise le vocabulaire des démocrates en organisant des pseudos élections présidentielles qui ne sont finalement qu’un moment où la dictature brasse du vent en se masquant d’apparences et attributs démocratiques trompeurs.

Les habitants de la région du Pool qui déplorent déjà les actes de provocation dans les parages du pasteur Ntumi, quant à eux, redoutent ces pseudos élections qui sont en réalité une occasion pour le pouvoir ethno clanique de poursuivre son macabre projet génocidaire dans ce département.

Alors, que signifie donc « élections présidentielles au Congo-Brazzaville » ?

Dans tout cela, le peuple n’est pas à sa place et n’a pas encore pris la parole. C’est ce silence d’une population longtemps essorée et donnant l’impression de s’en remettre à la providence qui du reste semble intrigant. Va-t-elle se résigner à jamais ?

Un peuple sans perspectives est peuple incontrôlable. C’est pourquoi vouloir imiter la démocratie comporte une infime part de risque qui peut enrayer et faire chanceler la machine dictatoriale et précipiter son effondrement tant souhaité par la population. Et ce serait chouette.

Abraham Avellan WASSIAMA

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