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23
Dim, Avr

politique
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Ces derniers jours, deux évènements ont agité le microcosme politique congolais  et défrayé la chronique : l’interview de Sassou à Bruxelles où il a réitéré son intention de consulter le peuple par référendum sur un changement de constitution si l’opposition et le PCT ne parvenaient pas à un accord sur ce sujet ; le rapport de la Déclaration de Berne sur le détournement des ressources du pétrole congolais par la famille Nguesso.

Sur le premier sujet la position de Sassou avait déjà été exprimée lors de son message de vœux du nouvel An. Rien de nouveau donc sous le manguier de l’Alima.

Quant au détournement des ressources pétrolières, il s’agit également d’une confirmation. Personne n’ignorait que Christel Nguesso, qui n’est pas connu pour être une lumière, avait été nommé comme responsable de la commercialisation du pétrole à la SNPC par son père dans le seul but de faire main basse sur les recettes pétrolières et se constituer, au profit du clan, un trésor de guerre. Guère de révélations donc sur ce plan, à part peut-être sur le montage et l'ampleur du vol.

Ce qui est plutôt intéressant à relever, c’est le lien qu'on peut établir entre les deux informations. En effet, on a aujourd’hui la confirmation que si Sassou tient tant à mourir au pouvoir c’est pour plusieurs raisons : continuer à spolier les Congolais ; ne pas avoir un jour de comptes à rendre aux Congolais, sur le pillage organisé et méthodique des ressources nationales et sur d'autres crimes, comme celui des " disparus du Beach ". De quoi accréditer l’idée selon laquelle il aurait tenté d’endormir la méfiance de Hollande et d’Obama en leur faisant croire qu’il pourrait être disposé à lâcher volontairement le pouvoir si on lui garantissait une absence de poursuites devant la CPI…

Pour l’heure, il convient de noter que parmi les scénarios que Sassou a élaborés figure celui du coup d’Etat. En effet, après l'échec de la création ex nihilo de sages réclamant à cor et cri une nouvelle constitution, il sait aujourd'hui qu’il n’y aura pas non plus de consensus, par le dialogue, pour le changement de constitution. De même réalise-t-il avec dépit que le PCT est isolé sur cette question, y compris au sein de la majorité présidentielle. Et quand bien même il annonce urbi et orbi que faute de consensus « le peuple souverain sera appelé à trancher, par le vote », il connaît la limite de cette démarche : Sassou n’ignore pas que la Constitution de 2002 sur laquelle il a prêté serment ne lui confère pas ce pouvoir. La seule possibilité pour lui d’appeler le peuple à " trancher " serait de perpétrer un coup d’Etat, en s’inventant de toute pièce un pouvoir qu’aucun texte ne lui octroie.

Le « Rapport du Bureau politique du parti congolais du travail relatif au débat sur la constitution de 2002 » publié il y a quelques mois par son propre parti (lire ici) l’en avait du reste averti :

« L'hypothèse de changement de constitution en l'absence de circonstances exceptionnelles, ne peut être validée par la seule voie du droit. Sa faisabilité repose avant tout sur un consensus national, expression de la volonté populaire. Par conséquent, il convient de rechercher l'adhésion du corps social par la multiplication des initiatives et des contacts » au sein de la classe politique, est-il écrit.

A contrario, ce rapport considère l’organisation d’un référendum comme une « démarche dont l’issue est incertaine [et] expose le Président de la République à la critique de coup d'Etat Constitutionnel ».

Coup d’Etat donc si Sassou appelle au référendum. Que le référendum porte sur l’opportunité ou non de changer la constitution ou sur un projet de texte, peu importe, cette initiative relèverait du coup d’Etat, un exercice  dont du reste notre homme est coutumier puisqu’au cours de sa vie il en a perpétré au moins deux : en 1979 et en 1997.

Que faire alors face au coup d’Etat annoncé ? Pour l’heure, l’opposition semble avoir bien pris la mesure du danger mais paraît hésiter sur la riposte. Résultat, elle se contente de tenir des meetings en salle, ses dirigeants se bornant à accorder des interviews à des médias étrangers là où il conviendrait d'engager, comme au Burkina Faso à l'époque, l'épreuve de force sous la forme de marches populaires, d'opérations ville morte, de meetings en plein air ou de vraies rencontres avec le peuple pour l’informer du péril en la demeure, et donc de l’urgence à sortir de ce statu quo.

La stratégie de Sassou est connue : gagner du temps, histoire d'organiser tranquillement les Jeux africains, le Fespam et même la municipalisation accélérée de la Sangha, pour ensuite prendre l’opposition de court, ce qui se traduirait par une prolongation du mandat présidentiel, la tenue éventuelle d'élections sur la base d’un recensement bidon déjà effectué, avec une Conel aux ordres déjà en place et une loi électorale scélérate.

C'est dire qu'il est vain de supplier Sassou de convoquer un dialogue dont il ne respecterait de toute façon pas les résultats, comme  à Ewo ou à Dolisie. Au contraire, il faut sans tarder préparer la population à l’insurrection, appeler d'ores et déjà celle-ci à boycotter sans états d'âme les Jeux africains et toutes les fêtes prévues par Sassou, bref refuser par tous les moyens de s’insérer dans le calendrier du « dictateur infatigable ».

Rappelons-le : le PCT et la majorité présidentielle sont aujourd'hui minoritaires et l'opinion nationale est mûre. Il faut en profiter. N’ayons pas peur !

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