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Le chant du cygne du CFCO

politique
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Tribune libre

Quand on ne connait pas l’histoire de son pays, on est un danger pour ses contemporains et pour les générations futures. Sassou, une vraie calamité ! Comment son régime a-t-il pu laisser se déliter un tel héritage colonial, marqué au fer jusque dans le sang, et jadis fierté du Congo-Brazzaville en Afrique ?

CFCO, acronyme de Chemin de Fer Congo Océan. Une ligne ferroviaire chargée d’histoire, marquée du sceau de la mort de milliers d’africains, un ouvrage laissé quasiment à l’abandon. Plus jamais entretenu ni modernisé alors que pendant des décennies, le Congo-Brazzaville, 4ème producteur de pétrole en Afrique a brassé des milliers de milliards de francs CFA.

Treize ans de travaux forcés, vingt-mille africains morts pour construire 500 kms de chemin de fer reliant Brazzaville à Pointe-Noire, la capitale économique aux larges de laquelle sont extraits des milliers de barils de pétrole par jour. Une prouesse, qui faisait du Congo-Brazzaville, capitale de l’AEF (Afrique Equatoriale Française) le seul pays en Afrique francophone à cette époque-là à disposer d'un tel ouvrage. On a vraiment mal, quand on voit ces images d’une horde d’africains à la tâche travaillant dans des conditions abominables comme au bon vieux temps de l’esclavage, et de constater, 40 ans après, que ce même chemin de fer qui a coûté des milliers de vies aux africains est en piteux état, pour ne pas dire en ruine. Quel beau gâchis ! J’ai honte et à la fois mal, au regard des sacrifices consentis par mon grand-père et tous les nombreux autres qui y ont laissé leur vie. Ces derniers doivent se retourner dans leur tombe. Je pense que ces sentiments sont aussi ceux de nombreux autres Africains. 

Comment en est-on arrivé là, alors que ce pays a joué avec des milliards pendant des années, au point de ne plus savoir quoi en faire, Sassou dans ses moments de pure folie, jouait même au grand banquier pour sauver le monde et prêtait sans compter l’argent des Congolais à gauche et à droite ? Est-ce la volonté délibérée de nuire aux populations de la partie sud du pays ? De l’inconscience ? Du tribalisme ? Ou comme tout tyran de son acabit, l’obsession du pouvoir pour le pouvoir, sans aucune volonté de bâtir son pays ? Bien évidemment, nul d’autre que Sassou ne saurait y répondre.

Voilà ce qu’on a fait d’une ligne ferroviaire stratégique, essentielle au désenclavement de toute la partie Sud du pays dont le Pool, le grenier du pays. Le Sud connu pour abriter des terres agricoles dont la production acheminée via l’épine dorsale ferroviaire, servait à alimenter pendant des années Brazzaville et le reste du pays en produits agricoles.

Surtout, voilà ce qu’est devenue une ligne ferroviaire qui aurait dû faire du Congo un pays de transit pour la RDC, la Centrafrique et le Tchad (deux pays enclavés). A la place, on y voit aujourd'hui de vieux trains roulant à 30 km/heure.

Ironie de l’histoire, c’est la seule et unique ligne de trains au Congo du vieux dictateur Sassou lequel n’a jamais, en 40 ans de pouvoir, pensé ni à l’entretenir, ni à rénover les gares qui jalonnent son parcours, encore moins à en construire une autre dans son pays, préférant cramer des milliards de francs CFA dans le lobbying, histoire de lisser son image  du vieil autocrate corrompu quand il ne les dépensait pas dans l’achat de nombreux biens mal acquis dont la villa Suzette du Vésinet, saisie il y a quelques semaines.

Après avoir été incapable d'entretenir le CFCO, cramé les terres du Pool, brûlé les arbres fruitiers, déversé des tonnes de produits chimiques dangereux dans les eaux au Pool  et souillé les sols (pour empoisonner les populations et condamner les cultures ?),voilà que  Sassou fait un joli doigt d’honneur aux Congolais, en Avril dernier et dans le grand cynisme qui l’ a toujours caractérisé, en  criant son étonnement de voir  le pays à la tête duquel il trône depuis 40 ans importer les Safous, les kwangas (manioc) et les ébémbé ya Adoula (poulet). Quel grand comique, ce Sassou ! C’est tout à son image. Un personnage funeste et ridicule à la fois. A-t-il oublié que c’est lui qui est au pouvoir depuis 40 ans ? Si seulement il pouvait se poser et faire le bilan de son règne ! Une vraie catastrophe, un homme normal se tirerait carrément une balle dans la tête.

Au regard de ce beau gâchis et du sacrifice inutile des anciens pour construire cette ligne ferroviaire, est-ce qu’il faut en rire ou plutôt en pleurer ? Hélas, des exemples comme celui-ci sont légion au Congo-Brazzaville. On pourrait citer entre autres le CHU de Brazzaville. Le plus grand hôpital de l’AEF, où accouraient les Africains des anciennes colonies françaises pour des soins est, lui aussi, en ruine. Une vielle bâtisse qui manque de tout. On y entre OK, on en ressort les pieds devant. Les Congolais qui ne manquent d’humour l’on d’ailleurs baptisé CHTUE. C’est tout vous dire.

Ces deux exemples sont caractéristiques des tyrans pour qui, le plus important, c’est le pouvoir. Peu importe ce qu’on en fait.

Jean Claude Nzolani.

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