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28
Mar, Mar

potpourri
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Il serait, sans doute, erroné de réduire les massacres actuellement en cours dans le Pool à une simple querelle électorale ou à une banale opération policière. Au contraire, c’est avec un maximum de vraisemblance que ces massacres semblent s’inscrire dans la logique qui prévalait déjà lors de la réinstallation du pouvoir par les armes en 1997, débouchant sur l’affaire dite des « disparus du Beach ». 

Tribune libre

Tout porte à croire que, dans ce pays, des non républicains se sont emparés de l’appareil d’Etat au point que Sassou, lui-même, reconnait que son régime est miné par la corruption, la concussion, la gabegie, la tricherie, les détournements, l’ethnocentrisme... D’où, la raréfaction des fonctionnaires chevronnés, intègres et techniquement compétents qui vouent leur loyauté au service public et à défense de l’intérêt général. La défaillance de l’Etat n’induit-elle pas l’apparition des sorciers ?

Le Pool, terre de liberté d’être, de penser et d’agir, jadis « locomotive du Congo », ne peut subir indéfiniment et de manière cyclique, l’hérésie d’un pouvoir ethno-clanique plutôt passéiste.

Bombarder des villages, des semaines durant, obligeant des populations que l’on est censé protéger à fuir dans les forêts, ne peut nullement honorer la chaine de commandement. La mise en œuvre d’une telle opération militaire quasi absurde, avec son lot de victimes directes et collatérales, disqualifie le pouvoir congolais. Entre les motifs invoqués (peu convaincants) et le degré de répression digne d’une folie guerrière, la disproportion est criarde.

C’est ce qui insupporte le Secrétaire Général des Nations-Unies ainsi que la Communauté internationale. Car, l’Etat, protecteur des biens et des citoyens, n’a pas vocation à retourner armes et baïonnettes contre les populations. N’abrite-t-il pas, dans ses propres arcades, les malfrats qu’il feint de rechercher ailleurs ? D’aucuns le pensent.

Il y a un an, le Congo connaissait une relative stabilité. Poussé par ses faucons, Sassou s’est lancé dans le tripatouillage de la Constitution, comme un peu partout en Afrique, faisant basculer le pays brutalement dans l’instabilité avec, en toile de fond, la conservation du pouvoir qu’il détient depuis près d’un demi-siècle.

« Que l’opinion internationale voit qu’au Congo, une personne pour le seul fait qu’elle a le pouvoir, dispose de la vie des gens et fait ce qu’elle veut dans notre pays » s’en indigne Jean-Marie Mokoko, lui-même menacé.

Mais il serait, sans doute, erroné de réduire les massacres actuellement en cours dans le Pool à une simple querelle électorale ou à une banale opération policière. Au contraire, c’est avec un maximum de vraisemblance que ces massacres semblent s’inscrire dans la logique qui prévalait déjà lors de la réinstallation du pouvoir par les armes en 1997, débouchant sur l’affaire dite des « disparus du Beach ».  Force est de constater que ce régime se réinstalle, une fois plus, par effraction.

Tout au long du pseudo débat sur la réforme constitutionnelle, l’on redoutait déjà, le changement de braquet du pouvoir pour basculer vers un pseudo conflit dans le Pool. C’est désormais le cas. Avec beaucoup de lucidité, Monseigneur Portella, Évêque de Kinkala, pointe le nœud gordien.

Quoi que l’on dise, en l’absence de retenue de la part du gouvernement de Brazzaville, la préservation des vies humaines doit rester le fil rouge de l’opposition congolaise afin de limiter cet intolérable torrent d’hémoglobine. Il lui faudra, par tous les moyens, bien se garder de ne point participer à cette nouvelle effusion de sang qui gicle dans le sud Congo. Sa crédibilité passe par sa capacité à résister aux provocations, fussent-elles, gouvernementales.

Une vraie enquête avec des experts internationaux indépendants s’impose afin de démasquer, une fois pour toute, les véritables fauteurs de troubles qui ne cessent d’endeuiller le pays et particulièrement le Pool. Des morts, il y en a eu par milliers sans cérémonie. En ce moment précis, des vies sont fauchées par la puissance publique, sans un regard de compassion.

En près d’un demi-siècle, les congolais ont intériorisé la nécessaire méfiance à l’égard des affirmations et déclarations du pouvoir qui les étreint, au lieu de les régir. La violence et le mensonge à ciel ouvert ont achevé les dernières lianes de désamour avec ce régime. Le sang des innocentes populations qui coule dans le Pool relève d’un manque d’humanité regrettable, nonobstant la nouvelle Constitution qui limite, pour les congolais, les champs d’investigations.

Dans un contexte difficile, les populations du Pool s’évertuent, quant à elles et quand elles le peuvent, à déterrer les cadavres que les militaires s’empressent d’ensevelir afin d’effacer les traces de leurs forfaits. Puis, elles les enterrent dignement …

L’on ne comprendra jamais, comment, en lieu et place d’une opération de police, un pouvoir, censé protéger les populations, s’emploie à bombarder des localités en utilisant sa flotte aérienne et ses forces terrestres, sans discernement. Dans les chancelleries occidentales et au sein de la population où l’on est ahuri ainsi que dans le milieu religieux, personne ne croit aux élucubrations du pouvoir tant la réalité vécue ne correspond que médiocrement à la version gouvernementale.

Au-delà de ses grands mouvements de bras, l’Exécutif congolais est manifestement incapable d’assurer la protection des biens et des personnes conformément à la mission dévolue à un Gouvernement de la République : 4 mars 2013, Bakongo 1998 ; 2016, Pool à répétitions ...  Cela fait beaucoup.

Qu’a fait le gouvernement congolais de la reconversion, financée à coup de plusieurs milliers d’euros, des bandes armées des années 90, pour l’entendre dire que ces dernières auraient repris du service et attaqué des édifices publiques (sans impact de balles) ? N’est-ce pas un aveu supplémentaire d’échec ? Les milices et autres bandes armées des années 90 étaient censées être désarmées au travers de ce programme onusien. Qu’en est-il donc ?

Dans le cadre de l’opération de ramassage des armes à l’issue des accords de paix, quelle utilisation a-t-on fait des fonds des Nations-Unies dédiés à cette opération ? Combien d’armes avait-on récupérées ? Et où sont-elles stockées ? Ce budget était fléché, ne s’est-il pas évaporé dans les dédales de l’endémique corruption ?

Par ailleurs, avec quel budget avait-on acheté les armes de l’explosion du 4 mars 2013. N’étaient-elles pas destinées à une opération similaire à celle qui se déroule dans le Pool actuellement ? Cette question du Pool, semble renfermer plusieurs éléments stratifiés constitutifs d’un vaste scandale d’Etat pouvant éclabousser plusieurs Institutions internationales. D’où peut-être ce silence, somme toute, relatif, sur ces massacres dans le sud Congo.

Mais, est-il normal qu’un paisible citoyen tombe sous les balles de l’armée de son pays ? Ayons le courage de dire NON.

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