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L’arrogance d’une dictature aux relents dynastiques

politique
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Dans ce pays où les citoyens broient du charbon, on se demande comment le symbolique peut-il suffire pour endormir et inhiber à ce point un peuple jadis travailleur et exigeant ? Elections truquées, crimes économiques, prisonniers politiques, massacres de population, comptes publics truqués, extrême corruption, tortures, comptes Off-shore, arrestations arbitraires, gabegie, dépravation des mœurs, verbiage creux …, s’amalgament à la corruption.

En effet, sous ses apparences et attributs démocratiques plutôt pervertis, se déploie une sévère et atroce autocratie. Des congolais se prenant pour des êtres supérieurs intouchables agissent, malmènent et pillent le Congo-Brazzaville en totale impunité. Or tout peuple a sa morale. Celle du Congo puise son fondement dans les traditions bantoues qui récusent la répression et l’arbitraire mais recommandent, entre autres qualités, l’empathie et la probité. En agissant sans celles-ci, les tenants du pouvoir désorganisent cruellement notre société.

La dilapidation des deniers publics, dont l’évaporation des quatorze mille milliards des générations futures, disqualifie Sassou et met le pouvoir au banc des accusés. Abandonnée à elle-même, la jeunesse congolaise perd de plus en plus ses repères et subit de plein fouet l’inconséquence de ses dirigeants. Sans formation et désorientée, elle se prostitue quand elle ne se livre pas à la drogue ou à la violence phénomène incarnée par les « bébés noirs ».

L’arbitraire qui prévaut depuis des décennies au Congo-Brazzaville ne cesse de compromettre l’amorce du développement de ce pays. Des prisonniers politiques connus, aux paisibles jeunes anonymes à l’instar de Florien Mianguila arrêté pour avoir pris juste un air de liberté en frimant dans sa voiture, les geôles du Congo sont remplies des citoyens sans dossiers accablants qu’il faut libérer et y substituer ceux qui le méritent véritablement et qui s’agglutinent au pouvoir.

La mise sous cloche de l’Etat de droit et de la démocratie par un clan a relégué dans les bas-fonds les légitimes préoccupations des populations. Le je-m’en-foutisme du régime de Brazzaville vis-à-vis du bien-être des citoyens ne cesse d’exposer le pays aux multiples prédateurs pendant que sont sacralisés les intérêts égoïstes inassouvis des dignitaires du pouvoir aux relents dynastiques.

Lors de son sacre proche des fastes de Bokassa, l’Empereur, comme l’appellent désormais ses homologues guinéen et ivoirien et devant un parterre des chefs d’Etats africains qui nourrissent les mêmes velléités d’encroûtement au sommet de l’Etat, Sassou a livré à son auditoire inconsciemment l’empreinte de son subconscient.

Dans un dédoublement proche de la schizophrénie, il a fustigé les mentalités déviantes et les comportements pervers, la corruption, la fraude, le népotisme et la tendance à la gabegie qui caractérisent pourtant son pouvoir. Cette propension à énoncer des principes que l’on s’attelle à violer allègrement désappointe douloureusement la population et rend impossible l’alternance.

Devant ses magistrats de paille et ses homologues africains plongés dans une admiration béate plutôt coupable, Sassou a déclaré que Guy Brice Parfait Kolélas, alors candidat à ses pseudos scrutins, « a été fauché dans la dernière ligne droite » de ces élections. Un aveu qui en dit long sur l’autisme, la nature bananière et l’entêtement du régime.

Mais sous une dictature, il en faut du culot pour oser sonner le tocsin indiquant au tyran que son folklore tombe, de fait, sous le coup de son propre article 70 de ses propres dispositions entrainant l’annulation et le report, sans compter la clarification nécessaire des circonstances de ce décès de Pako.

La dictature congolaise ne se cache plus. Pire, elle se veut être un modèle et servir de GPS à des dirigeants africains plongés dans une admiration béate du tyran congolais, de plus en plus nombreux. Aucun ne veut, cependant, reconnaitre que tout cela nous renvoie à une supercherie régressive qui condamne à nouveaux les états africains à la noyade.

L’incongruité de cette mascarade s’observe également à travers les résultats imaginaires des pseudos élections publiés précipitamment. Près de 90% de suffrages lui seraient favorables alors qu’aucun peuple libre et essoré comme le sont les congolais actuellement, ne saurait donner une telle onction à son bourreau.

Mais, c’est à l’annonce de l’équipe gouvernementale ô combien pléthorique que l’on s’aperçoit sans nuance l’objectif poursuivi par Sassou au crépuscule de sa vie. Il instrumentalise les structures étatiques afin d’assurer la mise en orbite de son fils du même patronyme connu davantage sous l’angle des dossiers des biens mal acquis. Ainsi, voudrait-il qu’après Sassou, de nouveau, vive Sassou.

Il serait illusoire d’espérer voir Kiki, au travers de sa nomination au sein du gouvernement de son père, ramener dans le pays ne serait-ce qu’une partie du pactole extorqué au trésor public. Le pouvoir constitue un abri confortable de protection judiciaire pour les dignitaires du régime Sassou que ce dernier semble manifestement privatiser. D’où la logique d’une succession dynastique.

En réalité, Sassou ne peut supporter vivre dans un Congo démocratisé et libre. Même si la grâce lui était accordée conformément à l’article 96 de « sa Constitution » qui lui garantit l’immunité face à ses innombrables forfaits de haute trahison, l’homme préférera, sans doute, brûler le pays que de rendre la liberté à ses concitoyens. Les armes récemment achetées à l’Azerbaïdjan sont là pour l’aider à atteindre ce piètre objectif, le cas échéant. Seul son fils Kiki, estime-t-il, du moins en apparence serait en mesure de

Après avoir dirigé le pays d’une main de fer allant jusqu’aux accusations de génocide, cette vie paisible de liberté retrouvée des citoyens, équivaudrait pour lui à une prison où il vivrait chaque jour le calvaire de voir la jeunesse congolaise s’épanouir par ses propres efforts, loin des dons pervers induisant la dépendance et la soumission en lieu et de la formation qualifiante nécessaire au développement du pays.

La restitution prochaine à l’autre Congo des restes d’un de nos héros d’indépendance, par la Belgique, de Patrice Eméry Lumumba, nous rafraîchit la mémoire devant forger notre nécessaire unité. Cet évènement taraudera l’esprit, en silence, et la quiétude de tous ceux qui, en RDC comme au Congo-Brazzaville, ont commis et continuent de commettre des crimes extrajudiciaires et des exactions en marge de la société ou en son nom, dans la pénombre de leurs intérêts mal compris.

A quand la restitution des restes de Massambat-Débat à sa famille, le procès des crimes économiques, la libération des prisonniers politiques, la vérité sur le pétrole, le bois, …, la manifestation de la vérité sur les douloureux évènements de ce petits pays pétrolier d’Afrique centrale et surtout à l’éviction de la dictature.  Pour espérer retrouver la lumière, les congolais devront se montrer davantage exigeants et intraitables.

Abraham Avellan WASSIAMA

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