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Jean-Marie Michel Mokoko prisonnier en Turquie ?

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Tribune libre

Le geste malicieusement calculé du dictateur congolais, Denis Sassou-Nguesso, Otsombé Dzwa Yé Boma Yé, en français " Capture-le et tue-le ! ” de transférer son pire ennemi politique dans un hôpital-prison en Turquie est un véritable pied de nez à la diplomatie française.

Lors de la visite du tyran à Paris, pour évoquer la question des tourbières menacées par l'exploitation du gisement fantôme de Ngoki, le ministre français des Affaires étrangères avait demandé la libération de l'opposant congolais, celui-là même qui avait gagné l'élection présidentielle anticipée de 2016, l’usurpateur du pouvoir ayant été éliminé dès le premier tour.

Une demande restée lettre morte jusqu'à ce jour. En novembre 2018, le régime sassouiste était également épinglé par le groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire*2.

Pourquoi transférer JMM Mokoko en Turquie ?

Le Machiavel d'Oyo n'a pas choisi au hasard le pays de son homologue dictateur Erdogan. Il y'a au moins deux motivations dans ce pied de nez à la diplomatie française et aux exigences des sympathisants du général :

1- La question des droits de l'homme s'est lourdement dégradée en Turquie depuis l'arrivée au pouvoir du Parti de la justice et du développement, une branche des frères musulmans et, surtout après le coup d'État militaire manqué de 2016. Sur les questions des libertés fondamentales, la Turquie d'Erdogan ressemble de plus en plus au Congo de Sassou-Nguesso.

2- La Turquie d'Erdogan est actuellement en conflit ouvert avec la France de Macron sur plusieurs questions, notamment au sujet des interventions de troupes turques en Syrie et en Libye. Le dictateur Sassou-Nguesso profiter de la situation et veut croire que dans l’hypothèse où des pressions internationales s’exerceraient pour la libération de son prisonnier personnel, ce pays ne céderait pas.

En effet, dans le cas d’une évacuation en France ou dans un autre pays de l'Union européenne, le général Mokoko aurait pu rencontrer ses soutiens, ses partisans et pourquoi pas s'organiser en conséquence avant son retour au Congo, un scénario redouté du côté de Mpila.

En envoyant un Mokoko, dans un piteux état sanitaire, dans une "prison médicale" turque, dans un pays hostile à la France, le tyran congolais peut espérer se préparer, tranquillement, pour la prochaine casse des urnes prévue en 2021. Mokoko parti, il peut compter sur des hommes peu regardants sur la vérité des urnes, et plus tolérants au coup d'État électoral, à savoir son ancien ministre de la Fonction publique Guy Parfait Kolélas et sur son chef de l'opposition, qu’il a lui-même nommé par décret présidentiel à ce poste, et élevé au rang de ministre, Pascal Tsaty Mabiala, un admirateur épisodique du Sassouisme.

Dans le même temps, le dictateur Sassou-Nguesso tente une sorte d'enfarinage, comme à son habitude, pour redorer son blason gravé de violation régulière des droits humains, et se faire passer pour un certain dictateur "soft" ou conciliant, et pourquoi un homme sensible à la détresse de ses opposants. Mais les observateurs attentifs de la vie politique congolaise savent très bien qu'il n’en est rien et que le tyran Denis Sassou-Nguesso ne fait rien pour rien sans en avoir fait le "calcul manipulateur", encore une de ses ruses politiques qui ont détruit le pays en 40 ans, de la moindre dépense et du bénéfice malicieux pour la survie de son régime de prédation des ressources du Congo.

En effet, le nyongologue national de 77 ans, candidat de son parti aux relents marxistes, ne rêve que de rempiler, en 2021, pour, peut-être, son dernier mandat à vie, que la vieillesse et la mort seules pourront lui ôter, lui évitant ainsi les humiliations de Mobutu Sésé Séko, Blaise Compaoré, Yahya Jammeh, Ben Ali et autres pairs de son espèce.

Une fois de plus, nous appelons le peuple congolais à s'organiser seul, par lui-même, chacun à son niveau, dans son quartier, en cellules d'action contre la dictature, pour sauver son avenir en s'engageant dans un combat pacifique, citoyen et massif dont le point culminant ne saurait être qu'un soulèvement populaire pour chasser le Sassouisme.

Ne comptons plus, désormais, sur un homme politique et providentiel mais plutôt sur notre propre engagement citoyen pour un soulèvement populaire.

Nous n'oublions pas non plus nos autres compatriotes, prisonniers politiques et d'opinion, qui croupissent, dans les conditions inhumaines, dans les prisons sassouistes: André Okombi Salissa, Parfait Mabiala Hojeij, Franck Donald Saboukoulou, Guil Ossebi et Meldry Dissavoulou et tous les autres*3-4.

Nous ne saluons aucun geste calculé du tyran congolais Denis Sassou-Nguesso pour tenter de tirer un bénéfice politique, diplomatique ou médiatique, s'assurer de quelques "bonnes grâces" pour la survie de son régime.

Nous exigeons purement et simplement la libération, immédiate et sans condition, de tous les prisonniers politiques et d'opinion au Congo.

*1: «Le Drian demande au président Sassou-Nguesso d'agir pour l'opposant Mokoko», RFI, 04/09/2019, lien: https://www.rfi.fr/…/20190904-le-drian-president-sassou-ngu…

*2: «Congo : l'ONU plaide en faveur de la libération de Jean Marie-Michel Mokoko», AfricaNews, 14/11/2018, lien: https://fr.africanews.com/…/congo-l-onu-plaide-en-faveur-d…/

*3: «Détention arbitraire de cinq jeunes activistes congolais», ACAT France, OCDH 11/02/2019, lien: https://www.acatfrance.fr/…/detention-arbitraire-de-cinq-je…

*4: «Non-respect du droit dans la détention de quatre jeunes activistes», ACT France, OCDH, 13/06/2020, lien : https://www.acatfrance.fr/…/congo-brazzaville---non-respect…

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