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23
Dim, Avr

Afrique
Typographie

Une interview accordée par Zacharie Bowao à Afrique Asie

 

Extraits

 

Le PCT est minoritaire aussi bien au sein de la majorité présidentielle que dans l’opinion nationale. Nous devons vite tirer les leçons de ce discrédit politique avant qu’il ne devienne disqualification historique (...) Nous risquons de sombrer dans la tragédie du pouvoir comme au Burkina Faso ou au Niger de Mamadou Tandja.

 

Le président doit réagir à temps en privilégiant l’intérêt supérieur de la nation et de la République. Il sait mieux que tous comment et pourquoi le Congo a basculé dans l’horreur en 1997 (...)

 

Aujourd’hui, dans l’opinion nationale, c’est le parti qui a perdu l’initiative, parce que mis en minorité, y compris par les alliés (...)

 

Le président devrait trouver la formule convenable pour arrêter ce vrai faux débat sur le changement de la Constitution. Il l’a perdu. En persistant, il sera perdant.

 

La majorité présidentielle est maintenant minoritaire sur cette question. Le PCT a été isolé par ses alliés, dont certains sont au gouvernement (...)

 

La société civile s’organise déjà, l’opposition est en voie de le faire, cela risque de changer la donne. Je ne vois pas, dans ces conditions, comment le président de la République pourrait persévérer dans la voie du changement de Constitution. Si le parti est mis en minorité, si les autres forces se coalisent, sur qui, sur quoi va-t-on compter ? La manipulation des esprits ? Impossible... La stratégie du clientélisme montre ses limites chaque jour un peu plus (...)

 

Au Congo, il y a trois hypothèses.

 

La première est : le président décide le passage en force, crée les conditions pour aller au référendum et gagne. Cela signifie que toutes les institutions s’effondrent. Il y aura nécessairement une période de transition au cours de laquelle il lui faudra regagner une légitimité dans le cadre de cette nouvelle Constitution. Quel est le génie politique qui pourrait le faire passer d’une Constitution d’où il a tiré sa légitimité vers une autre légitimité tirée d’une nouvelle Constitution, tout en gardant un consensus politique ? Je n’y crois pas. D’où une période de troubles. Les Congolais ne sont pas aussi résignés qu’on le croit.

 

Deuxième hypothèse : le peuple met en déroute le processus conduisant au référendum. Par conséquent, le président doit démissionner puisqu’il aura engagé sa responsabilité. Il faut ensuite environ quatre-vingt-dix jours pour organiser les élections, ce qui ne sera pas possible. Il faut donc négocier une période de transition.

 

Dernière hypothèse, le peuple s’enflamme et chasse le président. Ceux qui arrivent s’appuient sur la Constitution pour négocier le tournant politique. Comme au Burkina, on peut opter pour une charte...

 

Dans tous les cas, le Congo aura perdu sa crédibilité sur tous les plans : interne et international. On n’a pas besoin d’un tel recul

Le parti, par une pirouette dont il a le secret, nous aura embarqués dans l’aventure inutile d’un coup d’État constitutionnel. Si par extraordinaire le président décidait d’aller au référendum, je serai de ceux qui diront non, c’est juridiquement illégal et politiquement irrationnel. Dès lors, ma présence au sein du PCT ne se justifiera plus (...)

 

Question : Pourquoi un référendum serait-il illégal ?

 

Parce que la Constitution du 20 janvier 2002 ne prévoit pas de dispositions relatives au référendum d’initiative populaire. En revanche, sur un certain nombre de questions précises concernant l’organisation des pouvoirs publics et les accords internationaux, il y a un article qui donne au président et au Parlement la possibilité d’aller au référendum. L’article 185 prévoit les matières exclues de toute révision constitutionnelle, notamment le nombre de mandats, les droits et les devoirs des citoyens et le caractère laïque de l’État. Tout cela, on ne peut pas y toucher.

 

Question : Comment se fait-il, dans ces conditions, qu’il y ait débat ?

 

La question de la conservation du pouvoir est l’intrigue majeure de cette nébuleuse constitutionnelle. Le fameux article 57 de la Constitution [une seule réélection possible, ndlr] est frappé par la clause de fermeture, exactement comme au Niger. C’est pour cette raison que ce pays avait décidé de changer la Constitution plutôt que de la modifier. Sincèrement, je ne vois pas comment le président Denis Sassou Nguesso, qui a été deux fois président de l’Union africaine, pourrait se retrouver dans un tel contexte de conflit interne. Il est médiateur en Centrafrique, dans les Grands Lacs...

 

La charte de l’Union africaine a été toilettée à Brazzaville et adoptée sous sa présidence, or on y stipule clairement qu’on ne doit pas tripatouiller les Constitutions pour accéder ou conserver le pouvoir. À plus forte raison, si l’on veut changer les instruments relatifs à l’alternance politique.

 

Question : C’est parfois difficile de quitter le pouvoir...

 

Le problème n’est pas là. Il faut se projeter dans l’avenir. Je pense que le président est un homme d’expérience et de destin. Dans le contexte actuel, je suis certain que, quittant le pouvoir honorablement, il sera sollicité partout où il y aura des besoins. Il faut savoir quitter les choses avant que celles-ci ne vous quittent. Qui vous prévient vous aime, dit-on. Qui vous pousse au chaos vous trahit. Il faut absolument dédramatiser le pouvoir pour en percevoir la grandeur et la beauté. Le président Sassou Nguesso ne le sait que trop.

 

Un nouveau Mandela...

 

En tout cas, je préfère l’inscrire dans le sillage de Mandela plutôt qu’à l’image de Robert Mugabe... Mieux il aura négocié sa sortie, moins il sera rattrapé par des erreurs de gouvernance inévitables lorsqu’on est aux affaires, et mieux il instruira son successeur dûment mandaté par le peuple sur ce qu’il ne faut pas faire ! Nous ne sommes que des humains, c’est-à-dire des mortels. Ne pas le comprendre est une stupidité qui ne réussit qu’à ceux qui se prennent pour Dieu.

 

© Afrique Asie

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