03
Dim, Juil
0 Nouveaux articles

L'abbé Yanguissa : " Le pays redoute « la guerre civile » ! "

politique
Typography
  • Smaller Small Medium Big Bigger
  • Default Helvetica Segoe Georgia Times

Le pays redoute « la guerre civile » ! Je crois que tout le monde essaie de l’éviter, l’Eglise qui ne refuse rien au Général président, les partis qui exécutent les désidératas de l’homme fort et la communauté internationale qui baisse le ton. Tout le monde a jusqu’ici cédé du terrain. Le général président avance et l’on recule. Les civils n’ont rien à avoir là-dedans. Qui se battra contre qui ? Quelles tribus s’opposeraient ? 

Mwinda - Bonjour l’Abbé Yanguissa, les congolais apprennent occasionnellement votre implication dans les activités politiques du pays. Certains congolais vous connaissent mieux que d’autres. Pouvez-vous nous décrire succinctement votre parcours politique ?

Notre implication à nous, membres du parti LA DEVISE a été de tous les instants depuis sa création. Seulement,  l’actualité a toujours été faite par les anciens partis et leaders qui ont occupé le terrain et qui sont les principaux acteurs comptables de ce que vit encore le Congo à ce jour. Néanmoins, la mémoire de l’histoire appréciera l’omniprésence de notre parti et même le caractère moteur de ses prises de position et de son action.

Le MCDDI est aujourd’hui éclaté entre trois branches :

-          branche de Landry Kolelas officiellement affiliée au PCT

-          La branche de Parfait Kolelas aujourd’hui dans l’IDC

-          La devise  que vous présidez

Les deux branches de LA DEVISE que vous avez identifié font référence à des fils Kolelas. Je ne suis pas un fils Kolelas et je ne revendique aucun héritage. Les émanations du M.C.D.D.I, ce sont les partis de Monsieur Mantson Hellot Mampouya, de Monsieur Michel Mampouya, mais absolument pas LA DEVISE. Notre parti, né de la doctrine sociale de l’Eglise, se veut un parti « intégraliste », un parti qui constitue ou reconstitue l’intégralité du peuple, qui rassemble dans l’UNITE le peuple intégral pour le travail et non la cueillette, le PROGRES et non la stagnation ou le recul.

Les partis au Congo ont-ils du mal à survivre à leurs leaders avec les exemples du MCCDI, de l’UDR Mwinda ou du RDPS ?

Oui, parce que ces partis ont constitué ou constituent des écuries présidentielles ou des fonds de commerce. Ce sont des partis « privatisés » qui appartiennent en propre à des acteurs politiques qui s’en servent pour assouvir leurs appétits. Je ne vise pas spécialement les partis que vous avez cité mais, comme vous, si j’ai bien compris, il s’agit de souligner un indéniable constat. LA DEVISE appartient à ses co-fondateurs et à ses membres, du nord au sud de la république. On peut me virer en me mettant en minorité au Congrès de mon vivant pour un autre congolais de n’importe quel coin du Congo, etc. LA DEVISE ne m’appartient pas en propre, nul ne peut le revendiquer par une espèce de légitimité de sang ni maintenant ni à ma retraite politique, ni après ma mort.

Naturellement, les différentes branches politiques nées de l’éclatement du MCDDI peuvent se réclamer comme étant chacune l’héritière authentique des idées de l’ancien leader Bernard Kolelas, quel est le positionnement de la Devise par rapport aux idées du MCDDI des années 90 ?

LA DEVISE n’est pas un parti de déçus du M.C.D.D.I ou émanant de ce parti. Je n’ai aucune qualité à me revendiquer l’héritier de son illustre fondateur et je ne suis pas concurrent de ceux qui s’en réclament. Je suis en homme libre dans mon inspiration comme dans mon engagement.

 

Nos valeurs sont loin d’être communes avec celles partagées par la plupart des partis de notre pays notamment ceux qui sont comptables du sang des congolais. Lisez nos textes fondateurs, nos statuts et règlement intérieur, vous en conviendrez. Nous sommes comme le M.C.C.D.I de l’époque des Forces du Changement ou à leur suite, la force du changement au Congo. Il faut qu’il y ait une majorité claire face à une opposition franche et aux contours bien définis.

Des élections auront lieu  le 20 mars au Congo. Comment vous situez vous par rapport à cet évènement ? Soutenez-vous l’IDC FROCAD qui y participe, malgré le manque de transparence ou comprenez-vous la position de Mathias Dzon par exemple qui défend le boycott pur et simple.

Pour nous comme pour tous ceux qui avaient dit non au changement opportuniste de la constitution, c’est normalement une non élection donc un non évènement duquel sortirait un non président. C’est la position constante, sans être dogmatique, de LA DEVISE à toutes les élections rafistolées par le Général président Denis Sassou Nguesso. Mais, étant donné le contexte national et international, nous avons souhaité la solution du moindre mal : le Général Jean Marie Michel Mokoko. Je dis moindre mal car, c’est malheureusement encore un militaire tout comme Denis Sassou Nguesso. A la différence de ce dernier, j’accepte le rôle et la place de J.M.Michel Mokoko qui a fait ses preuves par le passé de militaire républicain et démocrate.

 

Quant à l’I.D.C je n’ai toujours pas bien compris la raison d’être de sa création et de sa distinction comme opposition. De même, le FROCAD m’est apparu dès le départ comme un fourre-tout politique. Néanmoins, je considère que ces plateformes participent à leur manière au jeu politique en cours. Nous osons croire en ce qu’ils professent et je n’aimerais pas douter de leur sincérité ni de leur réelle volonté d’en découdre avec un système actuel corrompu et injuste. Vous noterez avec moi que nombreux parmi ces acteurs ont été, il y’a encore quelques temps, proches de Sassou Nguesso ou du P.C.T.  Monsieur Dzon mathias est un leader en qui je reconnais, comme bien d’autres, celui qui a su garder dans une certaine mesure la flamme de l’opposition au P.C.T et au Général Denis Sassou Nguesso mais je n’ai pas bien compris l’intelligibilité de sa démarche d’union lorsqu’il avait, à contre temps, déclaré sa candidature, cela enlève de la crédibilité à son actuel boycott.

On vous dit en accord avec la stratégie du général MOKOKO. Pourtant, il y participe lui aussi. Pouvez-vous nous expliquer ?

Le nom du Général Mokoko, je l’ai évoqué plus haut. Devant la situation délibérément et cyniquement créée par le Général-président, et après les tueries de Pointe-Noire et Brazzaville, je suis passé de l’indignation sur le comportement de notre armée, ou plutôt de nos militaires, à la révolte telle que je l’avais exprimée le 22 ou le 23 octobre à la radio des Droits de l’Homme de Maurice Massengo Tiassé fermée depuis. Mais, indignation aussi par les conséquences qu’en ont pas tirées les leaders de l’IDC-FROCAD.

 

Après avoir choisi la défensive plutôt que l’offensive politique derrière un peuple uni et déterminé, ils ont privilégié le positionnement individuel jusqu’à l’incapacité de ne pas parler que d’une seule et même voix par un porte-parole ou un chef de file comme on dit. Cela a abouti à une multitude de candidatures.

Pour faire responsable, on présente ce défaut comme une qualité stratégique. Faux ! C’est la conséquence de ce qu’est l’IDC-FROCAD à sa source et dans ses non-dits.

 

Je crois que si l’opposition avait choisi un candidat unique, et s’il était évident que ces leaders individualistes de l’IDC-FROCAD affichaient une convaincante volonté de laisser le peuple donner congé à Denis Sassou Nguesso, le Général Mokoko ne se serait pas porté candidat.

 

J’en suis convaincu et c’est pourquoi, sans qu’on se communique je pensais à un militaire face à l’actuel chef d’Etat qui se comporte d’abord comme un chef de guerre, propriétaire de l’armée qui devrait être à la république et non à un individu donné et de la police qui devrait être à la justice et non à un justicier.

 

Dans ma tête et tel qu’on le partage à LA DEVISE, faute de candidature unique de l’opposition, il faut un candidat singulier à l’opposition. Le Général Mokoko est le seul candidat libre des pesanteurs ethniques ; c’est le seul candidat qui impose aux congolais le libre respect du militaire. C’est la fierté internationale du militaire congolais ; c’est le professionnel de la sécurité et de l’indépendance nationale sans qui, le multipartisme ne serait pas revenu en 1991-1992 dans un Congo pris en otage par des pseudo-révolutionnaires ou par le P.C.T.

A Kinkala, lors de la dernière assemblée générale, je me suis imaginé un Général, le Général Mokoko entrain de déclarer qu’il ne vient pas s’aligner à la liste des candidats de l’opposition déclarée pour tenter sa chance mais par devoir. La preuve, c’est qu’il prend l’engagement devant le peuple, s’il l’élit, d’organiser des élections présidentielles dans les meilleurs délais, le temps de réunir les conditions que le Général Denis Sassou Nguesso refuse d’ouvrir pour une élection digne de républicains. S’il faisait pareille déclaration, il serait de fait le candidat singulier voire unique, libre de toute pression et de pesanteur géopolitique vers qui tout congolais de toute tendance, de tout fief convergerait au point de le pousser au ras le bol fatal contre Denis Sassou Nguesso s’il refusait son évidente et cuisante défaite dès le premier tour. C’est ce qui semble être aujourd’hui une réalité.

Beaucoup semblent réticents à l’idée de soutenir le général MOKOKO ? Comprenez-vous ces réticences ?

L’on ne peut confondre hésitation et hostilité. J’entends ceux qui hésitent avancer comme argument,  la méfiance par rapport à une stratégie de conservation dans une même région, ou comme un des ces stratagèmes dont le Général a le secret. Si le Général Mokoko était de cet acabit, il n’aurait pas fait ce qu’il a fait par devoir en laissant tomber un homme du nord et en ayant ouvert la voie à un professeur Pascal Lissouba.

Astuce de Sassou Nguesso ? Proche de Sassou Nguesso ? Contrairement aux candidats qui ont été au gouvernement de l’actuel président, le Général Mokoko n’est pas comptable de l’exécutif. Un conseiller a beau être proche de son chef, et encore mieux dans le cas de mokoko, il n’est pas dans son action. C’est un rôle de distance et non de proximité ; Que dire donc de ceux qui étaient avec Sassou Nguesso lorsqu’on avait saccagé le domicile de Monsieur Clément Mierassa et arbitrairement arrêté à la D.S.T des personnalités comme le vice-président de LA DEVISE ? Si l’on va dans ces considérations, l’I.D.C décrédibilisera et le FROCAD serait confondu. Non ! le Général Mokoko, faute de candidat unique de l’opposition, doit être assimilé auu candidat de l’unité nationale, de l’ordre déontologique partout et de l’affirmation du caractère civil du pouvoir politique.

 

Beaucoup de Congolais pensent qu’on ne se défait pas d’un dictateur par les urnes, à l’exemple de la Tunisie, de la Lybie ou de l’Egypte. Pensez-vous que Sassou puisse un jour perdre des élections qu’il organise ?

Dictateur ou pas, le Général Denis Sassou Nguesso n’a pas à défier le peuple souverain comme il le fait ostensiblement depuis qu’il a imposé son énième constitution en se prenant pour Dieu le père. Dès lors qu’il l’a fait pour se maintenir au pouvoir, lui, sa descendance ou tous les futurs meurtriers qu’auront pris le pouvoir par des moyens militaires, le peuple a été offensé. Nous avions dit et écrit que dès lors, Denis Sassou Nguesso avait perdu la main, elle était repassée au souverain premier au dessus duquel il n’y a personne, absolument personne. Etats généraux, Conférence nationale, Révolution, tout ce que le peuple veut et fait car son indivisibilité est absolument légitime et s’impose à tous.

Tout le P.C.T, dont Denis Sassou Nguesso, s’asseye avec un drapeau rouge, sur une légitimité révolutionnaire. Ce n’est pas parce que c’était l’Abbé Fulbert Youlou. Denis Sassou Nguesso, dans l’honnêteté intellectuelle et avec une conscience un minimum de sens autocritique doit reconnaitre qu’il mérite largement une révolution comme il avoue si gaillardement être des principaux instigateurs des tombeurs du premier président ! Non, je tolère tout sauf la mauvaise foi et le gangstérisme politique. A côté du président Denis Sassou Nguesso, le président Abbé Fulbert Youlou mérite plus de « circonstances atténuantes » et son régime est moins « exécrable » que tous ceux qui ont fait de ce peuple des congolais pauvres sur un sol riche.

M. Paulin MAKAYA croupit toujours en prison. On n’a pas l’impression que l’opposition congolaise s’en préoccupe vraiment. Comment l’expliquez-vous ?

Paulin Makaya croupit en prison et cela est inacceptable. En même temps que lui, tant de jeunes manifestants politiques, et ceux qui ont bombé les poitrines à leur tête,  les laissent croupir dans ces lieux impropres. Ceux qui croyaient naïvement aux amitiés personnelles de tel ou tel leader avec François Hollande ou Barack Obama doivent se convaincre de la manipulation dont ils sont constamment victimes. Le pouvoir n’est ni chez le peuple français, ni chez le peuple américain mais bien chez nous, chez le peuple congolais et, uni, il doit imposer ses exigences même à l’armée qui doit réaliser qu’elle n’est pas faite pour elle-même mais pour la protection de ce peuple face à ses ennemis, pour la défense de son indépendance et de son territoire.

 

A la veille de l’élection présidentielle, le pays vit un moment d’anxiété, redoutant les guerres civiles qui ont endeuillé de nombreuses familles au cours des années 90 et même début 2000.

 Le pays redoute « la guerre civile » ! Je crois que tout le monde essaie de l’éviter, l’Eglise qui ne refuse rien au Général président, les partis qui exécutent les désidératas de l’homme fort et la communauté internationale qui baisse le ton. Tout le monde a jusqu’ici cédé du terrain. Le général président avance et l’on recule. Les civils n’ont rien à avoir là-dedans. Qui se battra contre qui ? Quelles tribus s’opposeraient ? Ce sera encore l’armée ou des gens reconnus porteurs d’armes qui tueront les civils, les usurpateurs qui massacreront le légitime souverain mais ça, n’est pas une guerre civile ! Ce sont des crimes qu’encourage et qu’encadre l’impunité telle que sacralisée dans la constitution et cautionnée de fait par la communauté internationale.

Si par extraordinaire vous étiez le seul homme que M. Sassou écouterait, quel conseil lui prodiguerez vous ?

 Tout conseil à monsieur Sassou Nguesso est  malheureusement vain. C’est inutile. Nous lui avons écrit pour une année sabbatique à la Lévitique pour la « remise réciproque et générale des fautes », pour une palabre nationale sur la paix avant tout processus électoral, pour un statut de l’opposition reconnue comme contre pouvoir jouissant des droits qu’implique une démocratie véritable…Nous nous sommes adressés à lui avec tous les égards dus à un président de la république, comme à ce croyant ayant confié le Congo à Dieu. Jusqu’à ce jour, rien n’y fait. Ce qu’il veut, Dieu doit le vouloir. Quand on se prend pour la quatrième personne de la divine Trinité, l’on ne peut qu’être rempli de soi-même et se prendre plus au sérieux que Dieu lui-même.

Ses contradicteurs et ses adversaires politiques doivent se la fermer et lui foutre la paix, la paix des cimetières ou la paix que l’on fait, la paix des fous.

Comment voyez-vous la suite des évènements au Congo  dans un avenir proche ?

La suite des « évènements », c’est le ras le bol d’un peuple fier et jamais dupe. Ce sera la légitimité révolutionnaire. Si le Général-président est là ou il se plait à rester pour décider du bonheur ou du malheur de chaque congolais, c’est parce que ce même peuple, d’une certaine manière ne veut pas passer à la vitesse supérieure et non parce que quiconque réussirait à le diviser ou à le terroriser.

Tout militaire doit le savoir : les forces de la vie sont plus fortes que celles de la mort ; les forces de l’esprit sont plus puissantes que la force de la matière. Ceux qui en doutent l’apprendront à leurs dépens ici ou ailleurs, en Afrique, dans le monde.

Si par enchantement un candidat issu de l’opposition était élu président lors des élections de mars 2016. Quelles exigences formuleriez-vous par rapport à la constitution ? Garder celle de novembre 2015 ou l’abolir ?

Aucun candidat issu des élections de mars 2016 ne sera bien élu avec une non constitution, une constitution non reconnue par une Union européenne de tous les partenariats et de toutes les bonnes fois, avec un recensement aussi grossier, avec une commission électorale postiche etc…Un candidat victorieux issu de l’opposition devrait se sentir comme en mission du peuple d’organiser de vraies élections à la date prescrite par la constitution comme celle de l’alternance automatique et dans la vie de Monsieur Denis Sassou Nguesso comme celle de la fin de « son » pouvoir. L’élu devrait, comme nous l’avons dit en évoquant le Général Mokoko, remettre au centre la balle  que confisque, depuis près de deux décennies, Monsieur Denis Sassou Nguesso sous ses aisselles et là, tous les démocrates seront candidats dont votre humble serviteur que je suis.