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Sassou, bientôt aux oubliettes ?

politique
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De son prisme déformant, il sert d’étalon à d’autres chefs d’états africains tout aussi enclins à la dictature comme lui. Ces derniers voyaient en lui un « empereur » qui a conquis le pouvoir, il est vrai, par les armes le Congo-Brazzaville. Ainsi Alpha Condé, Ouattara, ses supporters, appellent-ils Sassou. C’est à se demander si l’aveuglement et la surdité qui habitent ces hommes enivrés par le pouvoir ne les rendent pas fous ?

Quoi qu’il en soit, il y a très longtemps que Brazzaville s’est affranchie des exigences des droits de l’homme, des impératifs socio-économiques et des questions du développement du pays pour se livrer à la barbarie, au pillage des ressources et à la tyrannie. Un fâcheux coup d’arrêt aux efforts du géant économique que fut Massamba-Débat, lequel réussit en cinq ans à doter le Congo-Brazzaville d’un tissu industriel impressionnant et d’une capacité productive ayant un large spectre de développement au même titre que le Brésil, la Corée du Sud ou la Chine, déjà à cette époque. Puis … patatras !

L’irruption des imposteurs au sommet de l’Etat, dont l’échec est patent, s’apparente à un accident de l’Histoire dont le Congo éprouve d’énormes difficultés à se départir. Usant de son gangstérisme originel, le régime ethno-clanique continue de mépriser la population avec les salaires et pensions impayés depuis plusieurs mois. Comment arrive-t-il à tenir encore aujourd’hui alors que les conditions de vie des populations avoisinent l’indigénat ?

Un certain vent semble souffler en Afrique francophone, après les tripatouillages des Constitutions visant essentiellement la confiscation du pouvoir par le clan régnant. A travers ces soubresauts, les Congolais savent désormais que l’entropie d’une dictature peut s’emballer et que le dictateur n’est jamais trop fort pour résister indéfiniment face aux forces de changement. A Brazzaville, à Abidjan et à Yaoundé, les dirigeants semblent inquiets en observant la tournure des évènements au Tchad et en Guinée ?

Fascinés par la longévité du congolais Sassou, ces chefs d’Etat avaient décidé, comme lui, de ramer à contrecourant de la démocratie, loin des aspirations des populations. Au vu et au su de tout le monde, ces dictateurs africains se sont affranchis, à leur tour, de toutes les règles de la décence. Toute honte bue, prétextant parler au nom du peuple qu’ils méprisent, ils se fossilisent au pouvoir. C’est cette violence faite d’humiliations et frustrations en tout genre qui rend l’air irrespirable en Afrique. Etranglés, les Congolais aspirent à la libération suivie d’une opération mains propres.

De son côté, le président congolais semble disposer à accueillir Alpha Condé chez lui au Congo. Cette curieuse offre d’hospitalité constitue en réalité une mansuétude que Sassou espère lui-même bénéficier en cas de coup dur.  Hypothèse hautement probable tant le gouvernement Makosso, après trois mois d’exercice, tourne en rond ne sachant pas quoi faire sinon enrichir le carnet d’adresses de Sassou fils, en prévision d’une succession dynastique. Mais, bien souvent, les successions ne se passent jamais comme prévu. Entre le père et le fils, n’y a-t-il pas de place pour le Saint-Esprit ?

Il serait juste de voir s’ouvrir un procès Condé à Conakry et y voir ce dernier à la barre comparaitre afin de répondre de ses actes.

L’armée congolaise, ethnicisée, puis convertie en milice du pouvoir, reçoit ses ordres en patois, et demeure à la solde de Sassou. C’est connu. Mais le peuple qui avale les couleuvres depuis des décennies, peut, dans un moment d’exaspération avancée, affronter son dictateur et faire taire à jamais cet oppresseur qui se complait dans la misère de ses concitoyens.

Ainsi, l’on passerait subitement de ce calme apparent où tout fonctionne pour Sassou, croit-il du moins, à sa soudaine éviction. Un demi-siècle pour Sassou et une demi-journée pour être balayé par le peuple. Mais la providence peut aussi le réduire au silence. Son séjour en Suisse le laisse présager.

Comme au Tchad et en Guinée, des pseudo élections ont eu lieu au Congo-Brazzaville où la superposition de frustrations suggère un pressentiment des avant-veilles de révolution. Les supercheries électorales où Sassou s’auto déclare élu avec des scores soviétiques, l’empêchent d’opérer une réelle introspection susceptible de l’engager dans la voie de la raison lui permettant de se renouveler réellement et de prendre congé des Congolais qui n’attendent que cela.

Non, Sassou n’est ni Mandela, ni Goldorak. Il ne sera jamais l‘homme qui aura fait avancer la cause congolaise. N’en est-il pas le verrou ? En quarante ans de règne, ce pouvoir a ruiné le pays, détruit les poutres essentielles du développement et endetté le Congo-Brazzaville jusqu’au cou.

Sassou, dont l’âge de ses os semble avoir raison de ses contorsions politiques, rentrera davantage dans le répertoire répugnant des personnages figurant dans la poubelle l’Histoire que sur la liste des grands Hommes. Sentant sa mort prochaine, Sassou et son clan veulent se réincarner en léguant le pouvoir à sa progéniture. Mais en régnant en maitre absolu durant près de quarante ans, il n’y eut guère de place pour la formation d’un quelconque dauphin. Que des courtisans.

Ils sont arrivistes. Ils sont fêtards. Ils sont fanfarons. Ils sont lénifiants. Ils sont ethno-tribalistes. Ils sont voyeuristes. Ils sont corrompus en diable. Mais ils sont surtout incompétents. Voilà bientôt trente ans que l’eau ne coule plus dans les robinets et que le pays se meurt au rythme chaotique des délestages électriques.

Leur incapacité à solutionner les problèmes qui se posent au pays où tout est désormais pénurie depuis près d’un demi-siècle qu’ils sont au pouvoir et cette paupérisation induite, en viennent à faire oublier que le Congo-Brazzaville est un pays producteur de pétrole.

Son fil chéri, d’abord préoccupé à amasser des richesses ayant fait exploser le registre des biens mal acquis, a décidé de prendre des cours accélérés au sein d’un exécutif davantage familial que républicain, abusivement appelé gouvernement. Il y a été intégré afin d’étoffer son carnet d’adresses et parfaire sa formation en matière de manœuvres dilatoires et autres techniques dictatoriales liées à la conservation du pouvoir.

Au-delà des discours lénifiants du pouvoir de Brazzaville, le Congo de Sassou est un Etat ruiné et endetté jusqu’au cou. Ce régime, qui a fait main basse sur les richesses du Congo-Brazzaville, en confisquant les institutions bloquant ainsi l’ensemble de la vie socio-économique et culturelle du pays sur fond de gangstérisme d’Etat, a paupérisé les cadres du pays et sacrifié la jeunesse en saccageant l’école.

Maintenus volontairement dans l’ignorance et réduits à la mendicité, au vagabondage et à l’oisiveté, la jeunesse congolaise, sans repères, se perd chez elle tel un étranger. Seuls les réflexes de survie pourraient leur ôter le voile de l’obscurantisme savamment entretenu par les imposteurs.

Le régime de Brazzaville s’apparente à une fabrique de l’indigénat hautement cruelle. Vivre au pays de Sassou est un bail pour l’antichambre de la mort où tout malade reçoit d’emblée une prescription pour le funérarium. Les dignitaires du pouvoir, eux, qu’ils soient en prison ou autour de la mangeoire, ont droit à des évacuations sanitaires dans des hôpitaux occidentaux.

C’est le crépuscule dans ces régimes dictatoriaux africains vieillissant sans âme. A condition qu’ils se départissent de la peur qui les tétanisent et avec un peu de cran, les Congolais pourraient reprendre la main et sonner le glas du régime Sassou. Oui, la reconstruction du Congo passera indiscutablement par l’éviction de ce régime d’un autre âge.

Abaraham Avellan WASSIAMA

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