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Congo- Covid-19 : Sassou a dit confinement, la population a entendu exode vers les villages

Congo B
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Quand les autorités congolaises ont pris la parole pour rassurer les populations sur la pandémie du covid-19, les populations ont tout de suite décelé les incohérences des annonces faites par leur président. Les populations de Brazzaville prises de panique sont en train de dire à leur président « vous auriez pu garder le silence !».

Ces populations longtemps délaissées et abandonnées à leur propre sort ont été surprises que les autorités leur montrent un regain d’attention. Les habitants de Brazzaville, comme un seul homme, ont passé au peigne fin les recommandations du président et ont décidé de quitter la capitale.

 

Il faut dire que la tonalité et les mots utilisés lors de son discours à la population étaient de nature à effrayer que de rassurer. A la place des mots comme lutte contre la propagation de la pandémie on a choisi le mot « combat » qui est revenu plusieurs fois dans le discours.  Et cette mesure du couvre- feu de 20 heures à 5 heures qui renvoie aux événements les plus douloureux de notre histoire ? 

En analysant le paquet des mesures censées contenir la propagation de la pandémie du coronavirus tout le monde est arrivé à la conclusion que ces mesures feront plus de morts que le virus contre lequel on veut lutter.

En effet, la mesure phare de l’annonce, le confinement, n’est pas du tout applicable dans le contexte de la réalité socio-économique de notre pays. Comment peut-on parler de confinement aux habitants qui doivent faire des emplettes au jour le jour pour certains et dépendre de l’économie informelle des produits périssables pour d’autres dans un pays où l’électricité est un luxe ?

Même la fermeture des frontières annoncée par le président relève d’une absurdité sinon une mesure suicidaire. Comment un pays qui importe près de 80 % de ses vivres peut-il fermer ses frontières ?

Aux mesures incohérentes vis-à-vis de notre réalité socio-économique se sont greffées les annonces d’intimidation et celles-ci venant d’un l’homme de son pedigree ne peuvent qu’être prises au sérieux.

Le summum dans l’art de distiller la peur a été atteint lorsque l’homme, soit par mégarde soit par inconscience, a annoncé la mobilisation générale des forces de défense et de sécurité afin de faire respecter sans faille l’ensemble des décisions. Ce type d’annonces ne peuvent que faire froid au dos dans un pays avec une histoire faite de liquidations physiques à répétition des paisibles citoyens.

Comment peut-on parler de forces de défense et de sécurité- réputées comme une milice tribale- auprès des populations dont les souvenirs des exactions sont encore vivaces ?  Après tout, la guerre de juin à octobre 1997, les rafles dans les quartiers sud de Brazzaville en décembre 1998, les Disparus du Beach, les bombardements des populations civiles dans le Pool après l’élection de 2016 attribuables aux fameuses forces de défense et de sécurité, restent des événements récents dans la conscience des populations. 

Les populations qui ne connaissent que trop bien le niveau de « professionnalisme » des forces de défense et de sécurité et leur penchant pour la gâchette facile ont donc pris la décision d’affluer hors de Brazzaville quitte à se retrouver dans des villages où elles seraient très loin de ce qui restent comme centres hospitaliers du pays.

Avant la date buttoir de mardi 31, date de la mise en place des mesures du président, au lieu du confinement c’est l’exode vers l’hinterland faisant ainsi flamber les prix du voyage par bus.  Brazzaville se videra-t-elle à temps ou assistera-t-on à des scènes de vieillards et enfants quittant la capitale à pied à la recherche d’un refuge ? 

Et, comme si un malheur n'arrivait jamais seul, la chute d'une ligne haute tension à Kintele, au nord de Brazzaville, ce 1er avril, a causé le décès d'au moins 23 personnes, mortes électrocutées. Même s'il semble que cette tragédie soit due à la foudre, selon le pouvoir, il est difficile d'expliquer la présence d'habitations près de ces installations.

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