REMARQUE ! Ce site utilise des cookies et autres technologies similaires.

Si vous ne changez pas les paramètres de votre navigateur, vous êtes d'accord. En savoir plus

J'ai compris
31
Mar, Mai

musikanda
Typographie

Il faut avoir une sacrée couche de naïveté pour croire une seule seconde que Sassou allait, de lui-même, quitter le pouvoir. A la fois convaincu de la fidélité de son armée et de sa police contrôlées par ses hommes liges d’une part, et de l’autre par la passivité supposée des Congolais traumatisés par les horreurs de la guerre civile des années 90, cet homme qui, en bon dictateur, n’obéit qu’aux rapports de force, n’a jamais fait mystère de ses intentions. J’y suis, j’y reste. Telle a toujours été sa devise depuis l’assassinat de Ngouabi.

Croyant avoir tiré les leçons de sa chute en 1991, il a passé ces 18 dernières années qui ont suivi son putsch de 1997 à consolider son pouvoir. D’abord en remodelant complètement l’armée et la police à la tête desquelles il a placé des mbochis sûrs et fiables à l’image de l’abominable Ndénguet, puis en dotant le pays d’institutions prétendument démocratiques, mais dont le fonctionnement n’a rien à envier à celles  que nous avons connues au bon vieux temps du parti unique. Les élections, comme tout le monde le sait, sont totalement truquées, les membres de la commission électorale censée en contrôler la régularité étant tous des hommes corrompus qui lui doivent leur bonne fortune.

Pendant 18 ans, Sassou a donc eu plus que les coudées franches pour mener à bien et consolider à sa guise son projet de se maintenir éternellement au pouvoir. L’opposition divisée n’a rien vu ou n’a rien voulu voir venir, à la fois trop enfermée dans ses querelles intestines de leadership, et incapable d’une réflexion et d’une stratégie à long terme autour desquelles elle aurait pu mobiliser les Congolais. Pendant plus de dix ans, dans les colonnes de Mwinda, j’ai rappelé régulièrement, en vain, ces évidences qui relèvent pourtant du simple bon sens.

Et à chaque consultation électorale bidon, le constat était tristement, et toujours, le même. Sassou et son PCT décomplexés s’autorisaient tout face à des partis d’opposition recroquevillés sur leurs bases ethniques au lieu d’unir leurs forces pour faire front commun face aux turpitudes et aux intimidations policières du pouvoir. Résultat : un PCT tout puissant contrôlant un parlement croupion et présent sur toute l’étendue du territoire, même dans des circonscriptions théoriquement ingagnables. De cette impuissance de l’opposition à s’organiser et à se structurer en une force capable de faire descendre dans la rue des milliers de manifestants découle le bras d’honneur de Sassou au peuple congolais.

Les élections bidons organisées durant ses prétendus deux mandats et la nomination de ses enfants, neveux, cousins, etc. ; à tous les postes importants de l’Etat et des entreprises publiques ont servi de test à la capacité de résistance de l’opposition aux intentions réelles de Sassou. Comme tout, pendant 18 ans, est passé comme une lettre à la poste, Sassou n’a aucune raison de ne pas agir comme bon lui semble, puisque nous lui avons laissé les mains libres pour faire de notre pays sa propriété privée. Le referendum sera truqué. L’élection présidentielle qui suivra sera truquée. Si l’opposition, comme c’est fort probable, présente une pléthore de candidats sans moyens, il s’autoproclamera élu dès le premier tour avec 65 % des voix. Si  en revanche, l’opposition se présente unie, il s’autoproclamera également élu mais avec seulement 54 % pour donner un vernis démocratique à cette mascarade qui se prépare. Bref, ça passe ou ça casse. Si ça casse, ses chiens de garde de l’armée et de la police se chargeront de faire respecter l’ordre monarchique, quittes à marcher sur des centaines, voire des milliers de cadavres.

L’unité actuelle des partis d’opposition peut contrarier cette machine infernale. En tout cas, l’attitude de l’opposition (dont nous attendons toujours une réaction commune et musclée) montre qu’il n’est pas trop tard pour bien faire. Mais que du temps perdu !

Aujourd’hui, personne ne peut préjuger de la suite des événements qui dépendra de la capacité des Congolais à se mobiliser pour défier la dictature de Sassou et de sa garde prétorienne. Mais une chose est sûre, l’opposition congolaise paye lourdement sa naïveté d’avoir cru pendant trop longtemps que Sassou pourrait se conformer à sa constitution et se retirer du pouvoir. A cette naïveté s’ajoute la manie des discours ineptes et abscons auxquels personne ne comprend rien. Referendum, changement de constitution et autres blablablas institutionnels n’intéressent pas l’homme de la rue qui sait par expérience que pour ce pouvoir, c’est de la poudre aux yeux. Sassou est arrivé au pouvoir par la force. Il n’en partira que par la force. Tout le reste est littérature.

Si l’opposition a des chances de se faire entendre par les Congolais, elle ne doit absolument pas reprendre le discours du pouvoir en parlant de referendum et de changement de constitution. Elle doit annoncer clairement l’enjeu, qui se résume en une seule phrase : « Après 32 ans au pouvoir, Sassou entend y mourir et laisser la place à son fils pour nous réduire en esclavage. » Phrase à marteler matin, midi et soir dans toutes les langues de notre pays. Et d’inviter nos compatriotes à dire non à la monarchie des Sassou.

Musi Kanda