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Le fiasco subi en Amérique par Sassou-Nguesso devrait faire réfléchir les autorités françaises qui parrainent ces roitelets en les recevant à l’Elysée. L’Amérique, de ce fait, a envoyé un signal fort car aucun président français n’avait eu le courage de fermer la porte à une dictature de cette manière.

Par Alain Mabanckou

Les dictateurs du Bassin du Congo  sont désormais en quête de légitimité hors de leur espace de prédilection: la France, ou plutôt la françafrique. Denis Sassou-Nguesso, président contesté du Congo-Brazzaville et qui n’a jamais été reçu en France depuis sa 'réélection' en mars 2016, a cru bon d’épater le monde entier en annonçant qu’il était attendu ce 27 décembre par Donald Trump, président récemment élu des Etats-Unis. Un communiqué de la présidence congolaise détaillait que les deux hommes allaient «discuter» de la Libye et de la situation du continent en particulier.

La réponse de l’équipe de transition de Donald Trump fut sèche et sans voie de recours: le nouveau président américain n’a pas prévu de rendez-vous avec Denis Sassou-Nguesso, et un tel rendez-vous n’a même jamais été prévu. Une réponse qui a été fournie pendant que Denis Sassou-Nguesso était sur le sol américain et que la télévision congolaise avait diffusé une photo truquée montrant les deux hommes ensemble. C’est donc l’une des bourdes les plus humiliantes de ce qui reste encore de la «diplomatie africaine».

En réalité, il faudrait lire en filigrane le désir secret des autorités congolaises de s’éloigner de la françafrique en lui opposant une sorte d’Americafrique. Cet épisode de faux rendez-vous avec Trump a montré les ultimes signes de l’essoufflement de ces régimes africains dont les présidents s’accrochent illégitimement au pouvoir par le biais des bidouillages de leur Constitution ou de l’incarcération des principaux leaders de l’opposition. À défaut d’être légitimement élus par leur peuple, ces dinosaures recherchent des selfies ou des accolades publiques avec ceux qui ont été démocratiquement portés au pouvoir.

Le Congo-Brazzaville n’est plus stable depuis le putsch électoral de Denis Sassou-Nguesso – président qui cumule trente-deux ans de pouvoir sans partage. On signale, dans la région du Pool, des bombardements qui se déroulent sous le silence incompréhensible de la presse francophone alors même que les médias anglophones pointent du doigt la barbarie de ces autocrates prêts à tout pour conserver leurs privilèges. 

Le fiasco subi en Amérique par Sassou-Nguesso devrait faire réfléchir les autorités françaises qui parrainent ces roitelets en les recevant à l’Elysée. L’Amérique, de ce fait, a envoyé un signal fort car aucun président français n’avait eu le courage de fermer la porte à une dictature de cette manière.

La France entre en période électorale et aura un nouveau président l’an prochain. Aucun candidat pour l’heure n’a prononcé un vrai discours de rupture sur la culture française de la pérennité de la colonisation en Afrique par le biais de l’allaitement des tyrans. Et ces derniers jouissent d’une impunité qu’ils aimeraient proroger en contestant les accords de la Cour Pénale Internationale.

Nous suivrons de près les propos des différents candidats à la présidence de la France, et nous ne manquerons pas de tenir l’opinion publique au courant, afin que ceux qui votent sachent qu’ils pourraient donner un chèque en blanc à des absolutistes qui se trompent d’époque et ratent chaque jour l’occasion de lâcher le pouvoir. Ils le devraient, pourtant, dans l’intérêt d’un continent qui n’a jamais été aussi souillé, aussi piétiné, et dénigré par des personnages qu'on dirait sortis des romans latino-américains des années 1980.

Alain Mabanckou

© Bibliobs

 

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