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25
Mar, Avr

politique
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 Tribune libre

Par Gisèle Patricia Goulou

Les consultations sur « la vie de la Nation et de l’État », initiées par le Président de la République, Monsieur Denis Sassou Nguesso, l’ont conduit à convoquer un dialogue inclusif, qui s’est déroulé du 13 au 17 juillet 2015, à Sibiti.  Ayant refusé de participer à ce qu’ils ont qualifié de « monologue », les partis d’opposition ont organisé, à leur tour, un dialogue national alternatif, du 26 au 29 juillet 2015, à Brazzaville. Subséquemment, les conclusions de ces dialogues ont été soumises à l’appréciation de Monsieur Denis Sassou Nguesso, en sa qualité de Chef de l’État et garant de l’unité nationale. Face à cet antagonisme politique, ce dernier devrait se situer au-dessus de la mêlée, pour préserver l’intérêt de la Nation. Cependant, dans son for intérieur, il voudra aussi faire valoir son intérêt personnel, pourvu que ces deux intérêts ne soient point conflictuels. Tel est le dilemme auquel est confronté le Chef de l’État, à qui il faut, ne serait-ce que par patriotisme, suggérer une orientation des plus honorables, d’autant que l’alternance s’imposera à lui in fine. Partant des synopsis qui se dégagent des deux dialogues susmentionnés, un troisième scénario est susceptible de créer un consensus politique, qui sera une grande victoire aussi bien pour le peuple congolais que pour le Président de la République.

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L’alternance au prix du sang des Congolais    

La gouvernance électorale et la réforme des Institutions ont été les thématiques sur lesquelles se sont penchées les deux commissions du dialogue inclusif. Leurs travaux ont débouché  sur des conclusions, qui montrent en substance l’intention inavouée de donner la possibilité au Président de la République de convoquer un référendum, devant lui permettre de briguer un troisième mandat. Or la constitution du 20 janvier 2002 ne lui en donne ni le droit ni les prérogatives. En son article 86, la constitution stipule que : « Le Président de la République peut, après consultation des  Présidents des deux chambres du Parlement, soumettre au référendum tout projet de loi portant sur l’organisation des pouvoirs  publics, les garanties des droits et libertés fondamentaux, l’action économique et sociale de l’État ou tendant à autoriser la ratification d’un traité ». En outre, l’article 57 atteste que : « Le Président de la République est élu pour sept ans au suffrage universel direct. Il est rééligible une fois ». Ces textes sont clairs, mais certainement pas pour des courtisans dans le sérail du pouvoir, qui se sont mués en propagandistes, pour induire en erreur le Chef de l’État. Nonobstant ces dispositions constitutionnelles, celui-ci peut faire le choix de poursuivre son projet référendaire. Il fera alors face au peuple, qui usera de son droit de résistance. A ce propos, les partis d’opposition ont lancé, à l’issue de leur dialogue, un appel solennel au peuple congolais, pour résister sans relâche. Au plus fort de la contestation, l’armée finira par céder. Au cas contraire, le sang des Congolais coulera de nouveau, sans pour autant entamer la détermination des manifestants. Sur ces entrefaites, tout devient possible. Et lorsque le pouvoir vacille, le danger peut venir des soi-disant fidèles, qui retourneront leur veste, pour se racheter aux yeux du peuple, en infligeant au « chef suprême » la pire des sentences. Ainsi en 1989, sonna le glas pour Helena et Nicolas Ceausescu, pourtant extrêmement puissants.

L’alternance aux prix de la naïveté du chef de l’Etat

Il sied d’emblée de souligner qu’il serait utopique de croire que le Chef de l’État, par naïveté, attendrait la fin de son ultime mandat, pour confier le pouvoir à son éventuel successeur. Quelle peut être la probabilité que celui-ci tienne compte des conclusions du dialogue national alternatif ? Elle est inexistante, d’autant que le respect de l’ordre constitutionnel et la gouvernance électorale, tels que prônés par l’opposition, n’entrent pas dans le dessein d’une présidence à vie. L’impossibilité d’une telle probabilité conduit à s’interroger sur les raisons de cette attitude. Les manquements très graves constatés dans les domaines sociopolitiques et économiques au Congo, par le fait du Chef de l’État et de ses partisans, montrent à suffisance les risques encourus par ces derniers, en cas de perte de pouvoir. On peut citer entre autres les passe-droits, les détournements des deniers publics, l’autoritarisme, les crimes économiques, etc. Ce constat d’échec général pourrait faire craindre le pire aux intéressés, aussi bien sur le plan national qu’international.

Malgré cette fuite en avant du Chef de l’État, le respect de l’ordre constitutionnel prévaudra, de quelque manière que ce soit. Il paraît donc judicieux, pour Monsieur Denis Sassou Nguesso, d’adopter une démarche courageuse, sage et salvatrice.

L’alternance au prix du pardon des Congolais

La synthèse entre les propositions du dialogue inclusif et du dialogue national alternatif, permet de mettre en exergue des points qui pourraient, raisonnablement et impartialement, faire naître un consensus. Le Président de la République peut s’appuyer sur de nombres points d’accord, parmi lesquels l’institutionnalisation d’un exécutif bicéphale, la fixation à 30 ans minimum et à 70 ans maximum pour être éligible à l’élection présidentielle, la durée du mandat présidentiel à 5 ans renouvelable une seule fois, l’adoption d’un nouveau code électoral, la réalisation d’un découpage électoral aux normes internationales, l’établissement d’un fichier électoral couplé de biométrie, la mise en place d’une commission électorale indépendante, etc.

Pour apaiser les esprits, le Chef de l’État devrait annoncer qu’il ne serait pas candidat à la prochaine élection présidentielle, prévue en 2016. Pour ce faire, il pourra même désigner à ladite élection son fils comme candidat de son parti, le PCT.

En contrepartie des engagements fermes que le Chef de l’État aura pris pour garantir une véritable paix aux Congolais, la classe politique et la société civile pourront lui accorder des circonstances atténuantes, au regard des crimes commis sous son règne, en particulier les crimes contre l’humanité et les crimes économiques. D’aucuns pourraient réagir, pour dire : combien de fois allons-nous lui pardonner ?... Les âmes pieuses et clémentes répondraient : « … jusqu’à soixante-dix fois sept fois » (Mathieu 18, 22). C’est le prix à payer pour obtenir la paix, une véritable paix, exempte de simagrées politiques. C’est sans nul doute le dernier effort de pardon à déployer, pour que les Congolais connaissent un avenir radieux, dénué de toutes nuisances que les tenants du pouvoir actuel pourraient engendrer, ad vitam aeternam, pour se faire regretter, quand bien même ils seraient devenus de simples citoyens. Enfin, pour un nouveau Congo, riche et prospère, la loi devrait s’appliquer partout et à tous.

Gisèle Patricia Goulou

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